
La réassurance
La réassurance peut faire partie des comportements d’accommodation décrits dans une autre fiche. Autant le dire tout de suite : comme les autres comportements d’accommodation, elle n’est pas nécessairement associée à une moins bonne réponse du patient à son traitement pharmacologique. En préambule donc, avant toute explication et comme pour l’accommodation en général, mieux vaut essayer de l’éviter pour ne pas s’épuiser au quotidien en tant que parent, mais sans culpabiliser si l’on n’y parvient pas toujours, notamment parce que l’enfant peut être très demandeur.
Qu’est-ce que la réassurance ? Je pense qu’il n’y a pas besoin de beaucoup d’explications : tout est dans le mot. Il s’agit de rassurer son enfant à propos de son TOC, et plus particulièrement à propos des craintes véhiculées par celui-ci. Par exemple : « Mais non, tu ne vas pas mourir parce que tu as touché cette poignée de porte. »
Cela semble tout à fait anodin, et même quasiment inévitable lorsque notre enfant est anxieux. Mais regardez, au quotidien, à quel point cela peut vous épuiser. Le problème n’est pas d’avoir à rassurer son enfant une fois ; le problème, c’est de devoir le faire mille fois par jour, toujours à propos de la même chose, en se répétant inlassablement. C’est particulièrement usant, et vous le savez mieux que quiconque.
Tout d’abord, si ce comportement peut être considéré comme une forme d’accommodation de votre part, la recherche de réassurance constitue également une compulsion de la part de votre enfant. Souvenez-vous de la définition d’une compulsion : un comportement répétitif réalisé pour soulager l’anxiété ou l’inconfort. On est tout à fait dedans : je pose inlassablement la même question afin de soulager mon anxiété.
Quoi de plus naturel en apparence ? Et pourtant, répondre encore et encore risque de donner du poids aux doutes de l’enfant, comme si son angoisse correspondait à une possibilité réelle nécessitant sans cesse d’être vérifiée, plutôt qu’à quelque chose que l’on peut progressivement apprendre à laisser passer. En effet, nous ne demandons généralement pas à être rassurés pour savoir si le toit va nous tomber sur la tête. Si nous le faisions de manière répétée, nous finirions par apprendre à notre cerveau que la question mérite effectivement d’être posée et qu’il existe peut-être un véritable danger !
Ces questions incessantes de votre enfant peuvent donc fonctionner comme des compulsions, mais des compulsions un peu particulières puisqu’elles exigent votre participation. C’est une manière, en quelque sorte, pour le TOC de prendre possession de votre quotidien en plus de celui de votre enfant. Et, bien évidemment, on ne veut pas l’accepter.
Dès lors, quel comportement adopter face à ces demandes de réassurance ? Comment faire ? Comment réagir ?
Le plus naturellement possible.
Comment réagiriez-vous si votre mari ou votre femme vous demandait : « Tu as acheté des chips ? », puis, cinq minutes plus tard : « Tu as acheté des chips ? », puis encore cinq minutes plus tard : « Tu as acheté des chips ? » Vous finiriez très rapidement par ne plus répondre, probablement même par vous agacer ou par l’ignorer : « Il me saoule ! »
Eh bien, le principe est similaire avec votre enfant. Le meilleur comportement à rechercher est le comportement habituel, celui de tous les jours. C’est d’ailleurs précisément ce que l’on vise lorsque l’on traite votre enfant : qu’il retrouve progressivement un fonctionnement ordinaire, qu’il cesse ses compulsions et puisse, par exemple, retourner à l’école sans que le TOC ne gouverne sa journée.
Vous avez donc la réponse : le comportement naturel consiste à répondre à la question posée… une fois, pas douze !
Ainsi, à la question : « Maman, est-ce que je suis un assassin ? », vous pouvez répondre : « Non, tu n’es pas un assassin, c’est ta maladie qui te joue des tours. » Puis vient : « Mais tu es sûre ? Comment on peut le savoir ? Tu ne crois vraiment pas que je suis un assassin ? » À ce moment-là, vous changez de stratégie : « Je t’ai déjà répondu. Rappelle-toi, tu connais déjà ma réponse. » Que se passe-t-il alors ? Vous le savez probablement mieux que moi : il insiste, parfois il s’énerve. Vous essayez de tenir bon : « Je t’ai déjà répondu. » Puis vous tentez de ne plus répondre à la compulsion. Il vous repose la question ; vous continuez autant que possible ce que vous étiez en train de faire, comme si de rien n’était — ou au moins vous essayez, car je sais que ce n’est pas si simple. Pourquoi ? Parce que, dans la vie quotidienne, votre enfant vous pose normalement une question une fois, vous lui répondez, puis chacun retourne à ses occupations. L’objectif est donc, dans la mesure du possible, de revenir vers ce fonctionnement normal plutôt que d’adapter sans cesse le fonctionnement familial aux exigences du TOC.
Progressivement, votre enfant peut ainsi apprendre que répéter la question n’apporte plus la réponse rassurante recherchée. Il devra alors apprendre à tolérer lui-même le doute et l’anxiété plutôt que de les faire disparaître immédiatement grâce à votre réponse. Est-ce que cela signifie qu’il n’aura plus de TOC ? Probablement pas. Mais apprendre à ne plus dépendre systématiquement de la réassurance pour gérer son anxiété constitue déjà une avancée considérable.
Donc, n’oubliez pas : la recherche répétée de réassurance peut être une compulsion, et l’un des objectifs comportementaux est de ne plus alimenter cette compulsion et de retrouver, autant que possible, un fonctionnement ordinaire. C’est précisément ce que l’on cherche également à obtenir chez votre enfant !
Ce qu'on vous demande, dans une certaine mesure, c'est ce qu'on demande à votre enfant, ignorer le TOC, faire autre chose, apprendre au cerveau que ce qu'il se passe dans sa tête n'a pas d'importance, n'est pas pertinent et ne doit pas empêcher la poursuite de l'activité habituelle.
Mais surtout, pas de culpabilité. Je ne connais pas beaucoup de parents qui ne cherchent pas spontanément à aider leur enfant lorsqu’il souffre, et donc à le rassurer. C’est d’abord un comportement parfaitement naturel. C’est lorsque cette réassurance devient répétitive, envahissante et dictée par le TOC qu’il devient utile d’apprendre progressivement à dire : stop.