
Tic ou TOC, quelle est la différence?
Souvent, les gens ont des difficultés à faire la différence entre TOC et tic, et cela est principalement lié... à la langue française! En effet, en anglais, TOC se dit OCD et tic... se dit tic (et ce n'est pas un acronyme, ça ne s'écrit pas TIC!). Ainsi, il est plus simple pour un anglais de distinguer OCD et tic que pour un français de distinguer TOC et tic. Voyons ici quelles sont les différences entre les deux, vous verrez que c'est parfois loin d'être trivial!
Les tics et le syndrome de Gilles de la Tourette
Mais alors, qu'est-ce qu'un tic? Un tic est un mouvement "nerveux" si j'ose dire, qui est brusque, bref et soudain. Un bon exemple sont les clignements d'yeux. Quoi de plus bref et soudain qu'un clignement d'oeil! Ces mouvements surviennent principalement lors de périodes de stress ou d'ennui (un peu comme les obsessions finalement) et peuvent être précédés par des sensations entrainant un besoin impérieux de réaliser le tic. Ainsi, il n'est pas rare que les personnes qui présentent des tics des yeux expliquent qu'ils se sentent obligés de cligner des yeux parce qu'ils ressentent comme de "l'air" dans les yeux ce qui les poussent à cligner pour soulager cette sensation.
Les tics peuvent être moteurs ou phoniques. Moteurs, on peut avoir à peu près n'importe quel geste, et phonique, ce sera tout les tics émis vocalement: râclement de gorge, petit sons, sifflements, mots etc...
On associe fréquemment les tics au syndrome de Gilles de la Tourette et à juste titre. Le syndrome de Gilles de la Tourette est simplement la présence de plusieurs tics en même temps! C'est l'association chez une même personne de tics moteurs et phoniques. Les patients souffrant de syndrome de Gilles de la Tourette ne sont pas seulement ces personnes qui disent des gros mots et des insultes, ces patients là sont même plutôt rares! La plupart des patients qui souffrent du syndrome de Gilles de la Tourette présentent quelques tics moteurs (comme des clignement d'yeux et des grimaces du nez par exemple) ainsi que des tics phoniques qui peuvent être un simple râclement de gorge, sans plus. Dans la majorité des cas, le syndrome de Gilles de la Tourette n'est pas grave et ne sera pas le problème principal de votre enfant.
Si nous revenons aux tics à proprement parler, il faut bien les distinguer des mouvements normaux. Ainsi, cligner des yeux est normal, c'est lorsque l'on cligne trop des yeux qu'on peut commencer à s'interroge; se râcler la gorge arrive à tout le monde, c'est lorsque que ça devient répétitif que l'on s'interroge. La barrière entre le normal et le pathologique n'est pas toujours évidente.
Concernant les tics vocaux, et en particulier les insultes, pour tous les parents qui s'interrogent sur la possibilité que leur enfant souffre d'un Gilles de la Tourette parce qu'il dit des gros mots, ne concluez pas trop tôt. La manière de dire ses mots, dans le Gilles de la Tourette, est une manière "tic"! C'est à dire que les patient les disent de façon brusque, brève et soudaine, comme craché, et souvent hors contexte particulier, plutôt comme pour se soulager. On est loin de l'utilisation de gros mots dans des contextes de colères!
Enfin, retenez que les tics sont fréquents chez l'enfant puisqu'ils touchent près de 5% des enfants, ce qui en fait quelque chose de quasi "normal" dans le cadre du développement de l'enfant. Le Gilles de la Tourette, lui, touche environ 1% des enfants.
Quelles différences entre TOC et tics
La différence entre le TOC et les tics n'est pas toujours aisée.
Allons du plus évident au moins évident:
- les compulsions sont précédées d'obsessions qui sont des pensées ou des images, ce qui n'est pas le cas pour les tics. Lorsqu'on a cet élément, il est facile de faire la différence.
- les compulsions ont pour but de soulager une angoisse quand les tics ont pour but de soulager une gène physique. Là encore, lorsqu'on a cet élément anxieux, on peut facilement faire la différence.
- les tics évoluents par vagues. Un enfant peut avoir des tics pendant 2 mois puis plus rien, puis de nouveau des tics, ce qui est beaucoup moins fréquent chez les patients qui souffrent de TOC où les troubles sont plus chroniques et continus. Néanmoins, parfois, on peut rencontrer des enfants qui ont présenté des TOC quelques mois avant disparition totale spontanée puis retour du TOC un peu plus tard. Ceci reste néanmoins assez rare.
- les compulsions doivent souvent être "bien faites", je dois me laver les mains selon un certain ordre précis et rigide. On ne retrouve pas cet élément de rigidité dans les tics. Les tics sont faits, point. Néanmoins, cet élément de rigidité n'est pas toujours si nette chez les patients souffrants de TOC qui peuvent par exemple expliquer devoir se laver les mains mais sans façon particulière de faire, sans ordre particulier.
- les compulsions associent souvent plusieurs mouvements: je me lève, je vais vers la salle de bain, j'allume le robinet etc... le tic lui est le plus souvent composé d'un mouvement simple, sans séquence. Mais on commence déjà à rentrer des distinctions moins évidentes, puisque les neurologues parlent aussi de tics complexes associant plusieurs mouvements (comme par exemple le fait de devoir toucher des angles de tables). Dans ces cas, il est peu évident de distinguer tic et TOC et je préconiserais, en première intention, de considérer ces éléments comme un TOC jusqu'à preuve du contraire.
- les tics peuvent être précédés de besoins impérieux, souvent sensoriels, ce qui n'est classiquement pas le cas dans le TOC. Mais attention, la présence d'élément sensoriel reste néanmoins très courante dans le TOC, et l'absence de telles sensations sont aussi courantes dans les tics, il n'est donc pas toujours aisé de distinguer les deux troubles sur ce critère.
- les TOC peuvent être également précédés de besoin impérieux (une forme particulière d'obsession comme expliqué ailleurs). Bien que non sensoriel le plus souvent, on retrouve tout de même souvent cet élément. ALes patients l'exprime le plkus souvent ainsi: "un besoin de le faire sinon ça reste dans la tête". Dans les tics, cet élément "ça reste dans la tête" est classiquement absent. Nénamoins, chez l'enfant, pouvoir dire si cet élément est présent ou absent est souvent chose très difficile tant les jeunes enfants peuvent avoir des difficultés à exprimer ce qui se passe dans leur monde intérieur.
- enfin les tics débutent le plus souvent aux alentours de 6 à 7 ans quand les TOC ont classiquement un début plus tardif vers 10 ou 11 ans. Mais il n'est pas rare de retrouver des TOC qui débutent de manière très précoces vers ces âges de 6ou 7 ans voire avant. Ce n'est donc pas un facteur absolu permettant de distinguer les deux troubles. Par contre, des tics qui débutent vers 10 ou 11 ans font clairement pencher la balance plutôt vers un TOC (ou des tics fictifs, simulés, ce qui n'est pas rare!).
- enfin, si les tics ne sont pas "anxieux" en soi, il n'est pas rare que les enfants présentants des tics soit également anxieux, ce qui bien évidemment est également le cas des enfants souffrant de TOC. Ainsi, un patient souffrant de tics peut tout à fait être stressé par ses devoirs au delà du raisonnable, tout comme un enfant qui souffre de TOC. Ainsi, si la présence ou l'absence de traits anxieux aide à faire la distinction (un enfant anxieux sera plutôt TOC que tic), mais là encore, ce n'est pas du tout absolu.
En résumé
Avant toute chose, retenez que si votre enfant souffre de tics, ce n'est, le plus souvent, pas quelque chose de grave. Les choses auront tendance à s'améliorer spontanément, et le plus souvent, les tics gênent plus les parents que les patients eux mêmes.
En ce qui concerne la différence entre tics et TOC, retenez que les tics sont des mouvements simples, sans but, exprimés de manières répétée mais brève. Les TOC eux sont précédés d'obsessions, et associent le plus souvent des comportements complexes, parfois réalisés de manière complexe. Les tics n'entre pas dans un cadre anxieux quand le TOC y entre souvent.
Mais vous l'avez vu, les choses ne sont pas toujours si simple, donc n'hésitez pas à vous renseignez auprès d'un médecin. Les prises en charges des deux troubles sont très différentes, et dans la majorité des cas, un TOC est nettement plus handicapant qu'un tic.