
L'irritabilité dans le TOC
Les crises de colère dans le TOC
Lorsque l'on se sent mal, fatigué, anxieux, douloureux, il n'est pas rare de se sentir irritable, de faire des crises de colère pour des petites choses voire pour "rien". Par exemple, plus de la moitié des jeunes patients anxieux sont décrits comme irritables, c'est à dire susceptibles de présenter des colères à répétition (DOI: 51(2), 211–222. 10.1016/j.beth.2019.06.005). Dans le cas particulier des TOC, l'irritabilité serait présente chez environ 30% à 50% des patients avec certains patients présentant de véritables attaques de rage (DOI: 10.1016/j.beth.2020.11.001).
Dans le TOC, l'irritabilité serait en lien avec la sévérité des symptômes ainsi qu'avec le niveau d'impact du TOC, ce qui est souvent synonyme. Pour le dire autrement, plus le patient souffre de son TOC, plus il est invalidé au quotidien, plus il aura tendance à être irritable (DOI: 10.1016/j.beth.2020.11.001).
L'accomodation familiale est également associée à l'irritabilité. Néanmoins, l'accommodation (c'est à dire la tendance des parents à adapter leur quotidien et leur environnement pour rendre le TOC plus supportable à l'enfant) est par définition réactionnel et en pratique souvent inévitable (du fait d'un épuisement familiale, de plaintes de voisins, du refus d'aller à l'école tant que tel ou tel rituel n'est pas fait etc...) lorsque le patient hurle ou frappe (DOI: 10.1016/j.beth.2020.11.001). Considérant que le niveau de stress est également un facteur d'agravation du TOC, j'aurais tendance, sur ce point particulier, à conseiller un peu d'accommodation plutôt qu'une guerre permanente au domicile qui épuisera tout le monde et sera, in fine, délétère pour le TOC et l'enfant.
Ainsi, les crises de colère ne sont pas rares chez les patients qui souffrent de TOC, ceci souvent en lien avec leur tension interne résultant de leur anxiété ou de leurs besoins permanents de réaliser leurs compulsions ce qui, vous l'imaginez bien, peut être très pénible et lourd au quoitidien.
Bien évidemment d'autres facteurs, conséquence du TOC comme le manque de sommeil, peuvent également entrainer ou agraver l'irritabilité.
Ne pas confondre avec le trouble oppositionnel avec provocation
Une difficulté que peuvent rencontrer les patients et leur famille est une mauvaise interprétation de cette irritabilité. En effet, il est régulier de rencontrer des patients chez lesquels on a porté le diagnostic de Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP). Ces patients souffrant de TOP sont caractérisés par une irritabilité, souvent suite à des frustrations. Le TOP est donc une cause fréquente d'irritabilité en psychiatrie de l'adulte, et il n'est donc pas si rare que par raisonnement statistique devant un enfant irritable, on puisse diagnostiquer un eu rapidement un TOP sans penser que cela puisse être la conséquence de son TOC. Néanmoins, à la différence des patients qui souffrent de TOC, les patients souffrant de TOP sont des patients qui peuvent être provocants, c'est à dire qui "embêtent" volontairement autrui , qui suscitent volontairement la colère d'autrui. Cela est absent chez les patients souffrant de TOC. Ils ne vont pas "chercher" le conflit, ils ne vont au devant de lui, les conflits sont la conséquence de leur mal être uniquement.
Ne pas confondre avec l'adolescence
L'adolescence n'est pas forcément synonyme à irritabilité, et le fait que votre enfant qui souffre de TOC se montre irritable n'est probablement pas en lien premier avec le fait qu'il soit adolescent. C'est ainsi que, la plupart du temps, les patients ne sont pas décrits comme irritables avant leur TOC, même lorsque celui-ci a commencé au cours de l'adolescence, à 15 ou 16 ans. L'irritabilité quand elle survient chez un patient qui souffre de TOC peut donc souvent être considérée comme une conséquence du TOC, un symptôme du TOC, plutôt que la conséquence d'une adolescence qui s'exprimerait tout d'un coup.
L'évolution avec le traitement
L'évolution de l'irritabilité suit celle de l'évolution du TOC. Pour le dire autrement, le traitement de l'irritabilité sera celui du TOC. Tout comme le TOC n'a pas vocation a rester toute la vie de votre enfant, l'irritabilité non plus. L'irritabilité peut même disparaitre avant le TOC.
Mais je sais que la question que vous vous posez éventuellement est: "en attendant que le traitement fonctionne, qu'est ce que je fais?". Si vous le pouvez, ne cédez pas, ne vous adaptez pas au TOC de votre enfant afin que votre enfant évite d'éviter son TOC. Mais si cela est trop difficile, infaisable en pratique, vous avez le droit de vous accommoder, ce n'est pas si grave et surtout il n'y a pas toujours le choix. Par contre, dans ces situations, il est important que votre psychiatre vous aide à expliquer à votre enfant ce qu'est le TOC, pourquoi il ne se sent pas bien. Il faut également expliquer à votre enfant que vous aussi vous êtes humains, que vous êtes fatigués, que vous aussi pouvez vous énerver et que les efforts que vous faites pour l'aider, votre enfant à également le droit de les faire pour vous aider. Le plus important est de dédramatiser, ne pas faire du domicile un lieu de tension permanente, le TOC n'attend que ça. Apaisez le climat familial, votre enfant ne recherche pas de bénéfices de ses colères, il ne cherche pas à vous manipuler, il est malade, et une atmosphère apaisée l'aidera à gérer son mal être et donc son irritabilité.